B- Saint-Claude et le livre :
Du XIIe au XIVe siècle, la « librairie » du monastère
Du XIIe au XIVe siècle, la « librairie » du monastère s’enrichit encore de nombreux dons de manuscrits, venus parfois de fort loin. De
ce riche patrimoine, une grande partie a
été dispersée ou a disparu.
Un inventaire réalisé en 1790 lorsque les biens de l’ex-abbaye et de l’ancien chapitre furent devenus biens nationaux, ne comporte plus que 47
manuscrits.
Ils se trouvent aujourd’hui aux Archives départementales du Jura, sauf 15 qui demeurent dans les fonds anciens de la
biblioth
èque de Saint-Claude : ouvrages de théologie, traités de grammaire, textes de l’antiquité (le XIIe livre de l’Énéide, du XIe siècle), commentaires et constitutions de papes, traités de grammaire5 …
Laïcisation du livre et des bibliothèques
du Moyen-Âge à l’époque moderne
À partir du XIVe siècle les habitants de Saint-Oyend, enrichis par les pèlerinages auprès du corps miraculeusement intact d’un abbé du VIIe siècle, saint Claude, obtinrent du monastère des chartes et des franchises (les premières furent accordées par l’abbé en 1310).
La ville était la capitale d’une véritable principauté ecclésiastique qui s’étendait en gros du Mont d’Or au nord à la vallée de la Sémine au sud, de la vallée de la Valserine à l’Est à la vallée de l'Ain à l’Ouest.
Au XVIe siècle,
elle devint le siège du tribunal laïque du seigneur-abbé, le tribunal de la Grande judicature.
Elle renfermait, outre les religieux et un nombreux clergé, toute une population d’hommes de lois, notaires et tabellions.
Les familles bourgeoises qui dirigèrent les municipalités souhaitaient que leurs fils accèdent aux grands offices de l’abbaye (notamment à la Grande Judicature) ou obtiennent des bénéfices ecclésiastiques. Cette élite avait besoin de livres (dans les matières religieuses, mais également juridiques). On vit sans doute dès cette époque se développer les premières bibliothèques bourgeoises.
La période de la Renaissance et le XVIIe siècle
virent s’accentuer cette « faim » de livres et d’instruction, instruments à la fois de savoir, mais aussi d’émancipation et de pouvoir. À quoi s’ajoutèrent les besoins des professeurs du collège (fondation d’un premier collège dès 1572), des métiers d’art (sculpteurs, horlogers), qui avaient besoin d’ouvrages techniques et scientifiques (par exemple au XVIIIe siècle le célèbre Antide Janvier).
Les « lecteurs » potentiels y étaient nombreux : avocats (une vingtaine), avoués, notaires, religieux de quatre couvents et autres communautés religieuses… Les inventaires de succession que l’on possède révèlent des goûts très éclectiques : aux livres de religion ou aux livres de droit, s’ajoutent les grands classiques latins et français.
La ville possédait des bibliothèques qui comptaient parmi les plus riches de Franche-Comté. Voltaire n’hésitait pas à leur emprunter : il s’adressait à son ami l’avocat Christin pour obtenir des ouvrages anciens devenus introuvables afin
alimenter sa
« fabrique » de brûlots et pamphlets de Ferney.
XVIIIe siècle,
la première bibliothèque municipale
La ville eut aussi la première bibliothèque municipale dès le XVIIIe siècle, en 1767, grâce à la générosité de M. d’Angeville, dernier grand prieur de l’abbaye avant son érection en évêché6 .
Elle aurait compris 3500 volumes, dont plusieurs manuscrits précieux. Pendant quelques années, Saint-Claude eut même une sorte d’Académie, le Lycée, qui aurait fonctionné jusqu’à la Révolution. Une grande partie de ce patrimoine disparut malheureusement dans le
Grand Incendie de 1799, notamment toute la biblioth
èque de l’avocat Christin, ses manuscrits et une partie de sa correspondance avec
Voltaire.
Seule, la bibliothèque du chapitre, riche de plusieurs milliers d’ouvrages fut épargnée : elle a été restaurée en partie grâce à l’action de bénévoles et sous la direction de l’Accolad7. Elle se trouve actuellement stockée, après désinfection et restauration, aux archives départementales, faute d’espace pour l’accueillir à Saint-Claude actuellement.
5- La liste de ces manuscrits est citée dans l’étude de Claudette Millet, La bibliothèque de l’abbaye de Saint-Claude, in Autour des Chifflet, op. cit., p. 217.
6- En 1742, M. Jacques-François dAngeville, dernier grand prieur de l’abbaye de Saint-Claude, premier haut-doyen de l’église cathédrale, bienfaiteur de l’hôpital et fondateur de l’école des filles, légua sa bibliothèque à l’évêque avec charge de la rendre publique. Mais ce ne fut qu’en 1765 qu’elle fut installée dans une des salles de l’Hôtel de ville où elle fut accessible au public à partir de 1767. Cette bibliothèque fut probablement détruite dans l’incendie de 1799. (d’après
Saint-Claude et son collège par T. Laurent, 1926, page 89).
7- Agence Comtoise de Coopération pour la Lecture, l’Audiovisuel et la Documentation.