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C- Saint-Claude et le livre :
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Le Livre, instrument d’émancipation
des Lumières (XVIII
e siècle) à la Révolution
À l’époque des Lumières le livre plus encore qu’ailleurs fut à Saint-Claude une arme de propagande pour la « philosophie » et un outil d’émancipation. La ville fut l’un des points d’entrée des livres interdits des écrits militants des Lumières imprimés en Suisse, en particulier les ouvrages de Voltaire.
La région fut « infestée » d’ouvrages subversifs mettant en cause la « barbarie judiciaire », les droits seigneuriaux, les abus et l’intolérance religieuse.
On sait, par des saisies douanières, mais aussi par les codes secrets utilisés entre Voltaire et ses correspondants que des colis de livres circulaient entre les éditeurs suisses de Genève, Neuchâtel ou Bâle et Saint-Claude, d’où ils étaient redistribués dans toute le sud de la Franche-Comté, mais aussi dans les provinces voisines (notamment en Bourgogne).
Ces livres subversifs étaient désignés par Voltaire, dans sa correspondance avec son « réseau » jurassien, par des expressions codées : « pistolets de poche » (belle expression pour des livres subversifs !), « drogues », « dragées », « sel » ou gros sel », « fromages », « pilules de Prusse » afin de « purger » les lecteurs (de leurs préjugés).
Les livres circulaient...
Les livres, parfois recopiés à la main, circulaient aussi de porte à porte. En 1769, l’évêque de Saint-Claude se plaignit au directeur de la librairie Sartine (chargé du contrôle des livres imprimés ou diffusés dans le royaume) que son diocèse était infesté de mauvais livres. Le chapitre de Saint-Claude, dans une requête au roi, se plaignit vivement, en 1772, de ce que la Franche-Comté était inondée, « contre toute règle de police et de décence, d’écrits imprimés chez l’étranger , « de vrais libelles, dans lesquels la license a outragé sans ménagement la vérité, les loix, les personnes et les tribunaux ».
Plus grave encore,
la pestilence voltairienne faisait planer sur la province le spectre de l’anarchie : « Ce n’est de la part de ces habitants [des communautés du Haut-Jura] qu’un excès d’aveuglement et de licence répréhensible et punissable.
Ils devaient savoir pourtant qu’il est des exemples récents et connus de la sévérité du Conseil suprême de sa majesté, contre les auteurs de certains écrits, où, sous le prétexte de défendre la liberté, on prenait celle de s’ériger en réformateur des loix et des coutumes : prétention devenue trop commune, dont l’effet serait de ramener tout à l’arbitraire, qui tendrait à introduire l’anarchie en matière de jugement et d’ordre public […] » .
Ces livres « électrisaient » les esprits...
Selon un contemporain san-claudien de la période révolutionnaire, la lecture de ces livres avait « électrisé » alors les esprits et contribué à modifier l’esprit public, c’est à dire non seulement l’opinion, mais les réactions face à l’autorité1 : en 1789, dans cette Franche-Comté réputée comme un bastion du catholicisme et du conservatisme, tous les « clients » alimentés en livres et brochures par Voltaire et Christin se retrouvèrent à la tête du mouvement « patriotique » au sein des États-Généraux de 1789, où les députés de Franche-Comté, aux côtés de ceux de la Bretagne et du Dauphiné, jouèrent un rôle essentiel dans leur transformation en Assemblée Nationale.
On mesure ainsi quelle catastrophe représente l’incendie qui, en juillet 1799, détruisit totalement la ville, la bibliothèque de M. D’Angeville, et coûta la vie à Christin, l’ami et le collaborateur de Voltaire, en brûlant également sa bibliothèque et une partie de sa correspondance avec Voltaire.
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1- CRESTIN Jean-Baptiste Joseph, Notice historique sur la ville de Saint-Claude... demandée par M. le Préfet du département, par M. Crestin, maire de Saint-Claude, brochure imprimée, Perroneau, 1811, in-12, 43 p., p. 5.
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