D- Saint-Claude et le livre :
XIXe et au XXe siècle,
Un renouveau du livre et de la lecture à Saint-Claude
et dans le Haut-Jura
On a très peu d’informations sur la première moitié du XIXe siècle : la ville avait perdu la plus grande partie de son capital de livres dans l’incendie de 1799. Néanmoins, une bibliothèque municipale réapparut en 1844.
De l’ancienne bibliothèque de l’abbaye, le fonds ancien de la bibliothèque municipale actuelle ne conserve que 15 manuscrits, le reste a été perdu, dispersé dans des collections particulières, ou récupéré par diverses bibliothèques (Besançon, Troyes, Montpellier, Bibliothèque nationale, Bibliothèque de l’Assemblée nationale…)8.
Un puissant mouvement de diffusion du livre,
dans la seconde moitié du XIXe siècle...
En revanche, dans la seconde moitié du XIXe siècle, on vit se développer un puissant mouvement de diffusion du livre par les milieux républicains de la Ligue de l’Enseignement (créée en 1867).
Le mouvement explosa dans les années des grandes luttes politiques des débuts de la Troisième République, puis des premières organisations socialistes, avec le développement, sous l’impulsion de Henri Ponard, futur dirigeant de la Fraternelle et des coopératives dites de l’École de Saint-Claude, des bibliothèques populaires (Noirecombe, Longchaumois, Lajoux, Cinquétral).
Les catalogues de ces bibliothèques populaires sont très ambitieux : le livre n’y apparaît pas comme un objet de divertissement, mais d’abord un outil de conquête du savoir, un moyen de sortir le peuple de la nuit de l’ignorance.
La diffusion du livre et de la lecture comme moyen d’émancipation fut également l’un des principaux objectifs des dirigeants de la Maison du Peuple de
Saint-Claude, inaugur
ée en 1910.
Maison du Peuple et le livre
Les bibliothèques du Cercle républicain, du Cercle du Travail et de la Fraternelle trouveront tout
naturellement leur place dans la Maison du Peuple.
Le fonds en demeure encore intact, tel qu’il fut installé dans le premier sous-sol (côté soleil et lumière ! ) dans les années 1920. On ne sera pas étonné de trouver dans la salle de lecture, parmi les « usuels », les Larousse, la Géographie Universelle d’Élysée Reclus, l’édition Renouard de Voltaire, les œuvres de Victor Hugo ou de Jean Jaurès.
Mais les ouvrages des adversaires sont aussi présents dans les fonds de la bibliothèque : Maurice Barrès, Charles Péguy et les Cahiers de la Quinzaine sont aussi reçus. Le fonds destiné aux prêts donne une large place, à côté d’ouvrages rappelant l’histoire ouvrière (la Commune, Jules Vallès, des vies de Blanqui), à de nombreux romans populaires des années 1880-1914.
8- Claudette Millet, op. cit., p. 216-217. Noter que la bibliothèque de Saint-Claude possède un fonds ancien assez riche, comprenant, outre ces manuscrits, notamment de
nombreux ouvrages des Chifflet,
érudits comtois des XVIe-XVIIe siècles.