E- Saint-Claude et le livre :
Henri Ponard (1861-1928), créateur des premières bibliothèques populaires dans le Haut-Jura
Portrait par Challié (1880-1943). Peint en 1928. Bibliothèque de la Maison du Peuple de Saint-Claude. Cl. R.B.
Né à Saint-Claude, d’un père cultivateur et tourneur sur bois et corne du hameau de Noirecombe au bord des
gorges sauvages de la Bienne, Henri Ponard dut quitter l
’école à 13 ans pour tourner la corne, l’os et le bois pendant l’hiver.
Cette famille de paysans-artisans était déjà très engagée politiquement. Adolescent, Ponard connut les chefs du parti républicain du Jura de la fin du Second Empire et des débuts de la Troisième République : Henri Michaux, Honoré Colin, Louis Secrétant, Wladimir Gagneur, Victor Poupin, Emmanuel Vaucher, dont certains avaient
connu Victor
Considérant, le disciple de Fourier, ou étaient militants de la Ligue de l’Enseignement.
En 1877, dès 16 ans, Ponard commença sa vie politique dans la campagne qui amena la victoire de 363 députés républicains après la dissolution de la chambre par Mac Mahon.
Tout en militant pour la République, il consacrait la plupart de ses dimanches à la création des bibliothèques populaires de Noirecombe, Cinquétral, Lajoux, La Rixouse, L’Abbaye en Grandvaux, Longchaumois.
À ce propos, Victor Poupin rapporte9
« Des sociétés de bibliothèques populaires dans le Jura ont organisé déjà des lectures à haute voix… Dans la commune de Cinquétral, au hameau de Noire Combe, un jeune homme de 16 ans, Henri Ponard, ouvrier
tourneur a non seulement fond
é une bibliothèque en pleine voie de prospérité, mais il a parfaitement organisé des lectures à haute voix une fois par semaine »10.
Grâce à ces lectures et à son expérience de travailleur manuel, Henri Ponard acquit une culture très riche, dont témoignent ses citations et son style dans ses articles du Jura socialiste des années 1895-1914, mais aussi un sens pratique et un esprit critique aiguë à l’égard de toutes les idéologies et systèmes abstraits.
Ces qualités lui permettront d’être un créateur social original, qui inspirera largement le mouvement coopératif de ce que l’on appellera l’École de Saint-Claude : la Fraternelle et ses célèbres statuts de 1896 prévoient le versements de tous les bénéfices dans un fonds social inaliénable destiné aux mutuelles, caisses de retraites ou d’assurances, ou encore à l’aide à la création de coopératives de production telles que Le Diamant ou La Pipe
11.
De ces bibliothèques populaires, deux furent particulièrement florissantes et conservent aujourd’hui leurs catalogues et en partie leurs collections, celles de Tressus
(Chaumont) et celle de Lajoux.
Ces bibliothèques populaires témoignent encore aujourd’hui de l’importance accordée au livre par les habitants du Haut-Jura pour la conquête de leur dignité et dans les combats pour l’affranchissement politique et économique des travailleurs au XIXe siècle et au début du XXe siècle.
R. Bergeret
9- Bulletin des sociétés républicaines d’instruction de l’Est, avril 1879.
10- Extr. de Discours prononcé par Jules Mermet, maire de Saint-Claude, lors de la commémoration de la mort de Henri Ponard, le 17 avril 1948, à la mairie de Saint-Claude. Transmis par Jean Ponard.
11-Ce passé politique et culturel est retracé dans l’exposition Archéologie d’un rêve à la Maison du Peuple. On peut visiter entièrement la Maison du Peuple sur demande ou aux jours d’ouverture. Téléphoner au secrétariat, 03 84 45 42 26 ou la.fraternelle@MaisonDuPeuple.fr